Entre la main et la matière..........


..........l'outil

Dans une activité de manufacture l'objet est créé par la rencontre de la matière, de la main et d'outils aussi est-il impensable d'étudier une activité de ce genre sans en étudier les outils autant que faire se peut.

Cette section va étudier et détailler les outils utilisés aussi bien par, les tourneurs, les engobeuses, les enfourneurs, les batteurs de terre et, tout ce qui tourne autour de la fabrication des poteries à Vallauris.
L'outillage des potiers à Vallauris est assez fruste, simple. Les outils sont peu nombreux dans un métier qui demande plus d'habileté que d'outils.

Beaucoup de ces outils, au moins pour les potiers, sont fabriqués par l'ouvrier lui-même et sont, en dehors du tour et des planches, sa propriété. En cas de départ de l'ouvrier de l'atelier celui-ci emporte avec lui ses outils dans un couffinà vernis en alfa.

Le tour, même s'il n'est utilisé que par le potier, appartient au patron, maître potier jusqu'à la révolution ensuite fabricant de terrailles* puis fabricant de poteries dans les recensements du 19ème siècle. Il fait partie intégrante de la fabrique dans laquelle il est d'ailleurs souvent scellé.

L'engobeuse possède peu d'outils. Seuls la conqueet l'escudélon lui appartiennent en propre, bien que ce ne soit pas une règle générale, des engobeuses pouvant ne pas posséder leurs outils.

L'enfourneur et son aide le porgeairé ne possèdent aucuns outils en propre leur outillage est fourni par le fabricant.

Il en est de même pour les journaliers.

Par contre l'èstélaïré qui était sans doute itinérant, possédait souvent ses propres outils.
Il est bien évident que je n'ai pu voir et étudier tous les outils. Certains existent encore dans des collections privées mais il est impossible de les voir et les étudier.
Les collectionneurs ne comprennent pas que l'on puisse étudier leurs objets.
Aussi pour certains outils j'ai du me contenter d'en faire une description et même, quelquefois, un dessin approximatif.

 

Le tour à pied

A Vallauris on le nomme : la "rôde" ce qui signifie en Français : la roue.
Le tour à pied est l'élément principal d'un atelier de poterie, sans lui il n'existe pas de poterie possible.
Il est construit en bois et, il se compose de plusieurs éléments :

Représentation schématique d'un tour à pied.

Le bâti

A Vallauris : on le nomme "lou banc " ce qui signifie en Français : le banc.
C'est une construction, rustique, faite de chevrons sur lesquels sont posées des planches (généralement du bois de pin). Les chevrons verticaux sont fixés dans le sol de l'atelier. Les chevrons horizontaux sont, eux, fixés dans le mur de l'atelier.
Cet ensemble supporte tous les éléments, c'est l'ossature de l'ensemble.
Sa table supporte les tas de balles de terre ( li pérôts)* qui seront transformés en objets par le potier. A la droite du potier est posé " lou soupier"* vieille marmite au rebut qui, remplie d'eau, rapidement transformée en boue ( lou moulam )*, permet au potier de maintenir ses mains constamment humides.
Devant " lou soupier" se trouve une lame de tôle fichée dans de la terre qui la maintient verticale . Cette objet en tôle permet au potier d'un seul geste rapide de se nettoyer les mains de la terre qui y adhère.
Devant la girelle, un raslaïré au rebut, est dressé maintenu lui aussi par de la terre. Au sommet de cet objet est posée une masse de terre dans laquelle un brin de bruyère est fiché (bruc). Ce bout de branche permet au potier de définir le diamètre et la hauteur de l'objet qu'il fabrique.
Sous la table, un peu au dessus de la roue, est fixée, entre les deux chevrons du bâti du tour, de manière inclinée, un planche. Elle permet au potier de reposer ses pieds quand ils ne tapent pas sur le plateau pour lui imprimer un mouvement de rotation.
Au niveau de la table, contre le mur, est fixée une autre planche, inclinée elle aussi. C'est sur elle que le potier s'assied. Cet élément se nomme à Vallauris : "l'assèti".

La girelle

A Vallauris elle se nomme "lou bout" *.
C'est un disque de bois (généralement du chêne), sur lequel les objets sont tournés. Ce disque est fixé au sommet de l'arbre qui lui transmet le mouvement imprimé par le plateau.
A l'origine, et jusqu'au début de ce siècle, les girelles sont fabriquées en bois.. Actuellement les girelles sont fabriquées en métal.

L'arbre

Au début, et jusqu'à la moitié de ce siècle, quelquefois, c'était une pièce de charronerie fabriquée, en bois et cerclé de fer, comme un moyeu de roue de charrette allongé. Il porte au sommet, la girelle et, au bas une pointe de fer qui frotte dans la crapaudine. A Vallauris cette pointe de fer est nommée "mouscouroun" *. Actuellement les arbres de tour sont fabriqu+és en métal.
Au dessus de la pointe est fixée le plateau qui est l'élément moteur.

Le plateau

A Vallauris il est nommé : "la rôde"*
C'est un disque de bois (généralement du pin), construit de plusieurs planches formant un disque. Au dessous deux planches transversales permettent de relier ces planches entre elles.

La crapaudine

A Vallauris la crapaudine est nommée "loubette" *.
C'est sur la crapaudine que repose tout le poids de l'ensemble arbre, plateau girelle et poids de l'objet en cours de fabrication. Elle consiste en une plaque de métal percée en son centre d'un trou dans lequel s'engage la pointe inférieure de l'arbre. C'est elle qui sert de palier.
J'ai vu d'anciennes crapaudines fabriquées en pierre. Dans ce cas il s'agit d'un parallélépipède en pierre, scellé dans le sol de l'atelier, qui porte sur sa face supérieure un trou destiné à recevoir la pointe de la base de l'arbre.
Une version plus moderne de crapaudine consiste en une plaque de métal percée d'un trou dans lequel s'engage une bille d'acier, dans ce cas le bas de l'arbre porte lui-même un trou où se loge la bille d'acier.


Lire la description un peu schématique, qui précède, ne permet pas de se rendre compte de la "rusticité" des tours qui étaient utilisés à Vallauris jusqu'à, quelquefois, la moitié du 20ème siècle.
La photo suivante prise au début de ce siècle, à Vallauris, nous permet de constater de visu ce phénomène de "rusticité" :

Tourneur sur son tour au début de ce siècle.

Les pieds de son banc qui sont constitués par des troncs de pins. La table faite de planches mal jointes.
Le banc (assètti) *, lui, est scellé directement au mur de l'atelier.
On remarquera aussi la girelle en bois épais, le tourneur, qui est grand, a fixé sur celle-ci, avec de la terre, une autre girelle pour la surelever et la mettre à sa taille.


Le repose-pied qui n'est qu'une simple planche fixée de biais aux pieds du banc du tour.

Mais à parler de "rusticité" on pense qu'elle est ultime. Il n'en est rien. Lors de mon reportage à Guélléla sur l'île de Djerba, en Tunisie, en 1994, j'ai pu photographier les tours à pied qui y étaient encore utilisés.
Ici le tourneur est enfermé dans une sorte de puits entre le mur de la fabrique et un mur bâti en pierres et au mortier de chaux. La bâti de son tour est constitué par un chevron posé au sol qui porte en son milieu un trou qui sert de crapaudine. Un autre chevron est fixé au sommet du mur.
Le tour repose par le bas de son arbre en bois, simple branche épointée, dans la crapaudine. L'arbre au-dessous de la girelle est fixé au chevron supérieur par une simple ficelle qui sert de palier.

Le tour de Guélléla.


La girelle est constituée par une tranche de tronc d'olivier. Le plateau du tour, lui, est constitué par une coupe dans une racine d'olivier. Ce plateau n'est en aucune façon rond il suit les aléas de la racine dans laquelle il est coupé.
Un plateau démonté, au centre on peut voir l'axe de bois.

Ce genre de tour tourne "carré", avec des à-coups. Pour pouvoir tourner des objets les potiers sont obligés de tourner "sur la motte" *. Cette motte de terre par sa flexibilité amortit les oscillations du tour et permet d'obtenir des objets "à peu-près" corrects.
Ces observations nous permettent de repenser à certains objets "de chez-nous" qui nous paraissent bizarres. En fait ils représentent des objets tournés avec un matériel qui n'a aucun rapport avec les tours actuels ou sub-actuels.

Le compas *.

Le compas.

En fait le compas n'est qu'un simple morceau de gros fil de fer plié en demi-cercle.
Cet outil sert à prendre les mesures sur la maïré * en pliant le morceau de fil de fer à la demande.
Quand le potier démarre la fabrication d'une nouvelle dimension d'objets, le compas lui permet de vérifier sur le premier objet de cette série si les dimensions, hauteur et diamètre sont correctes. Ensuite il règle la pige qui servira de référence tout au long de la fabrication.

La pige *.


La pige.

La pige* est en général un vieux rasclaïré* au rebut fiché dans de la terre au devant de la girelle.
Sur cet objet est posé un paquet de terre dans laquelle est planté un bout de branche de bruyère sèche.
Ce brin de bruyère indique au tourneur la hauteur de la carène et son diamètre lui permettant de tourner tous les objets à la même dimension.

Le soupier *.


Le soupier.

Le soupier* est une vieille marmite ou un saladier au rebut.
Il est posé à la droite du tourneur, toujours plein d'eau qui deviendra rapidement boueuse.
Le tourneur s'y humecte fréquemment les mains et y maintient les outils (èstèlle et èstèque en terre) qu'il utilise, pour la fabrication de l'objet considéré, pour les garder humides.

Les mères (maïré)*.

Le mères sont des réglettes de bois graduées qui sont utilisées pour conserver les dimensions des objets. elles sont la garantie que tous les objets de même taille auront la même dimension quel que soit le moment ou l'atelier où ils seront fabriqués.
Les mères portent les dimensions de l'objet frais, en pâte molle. Ces dimensions seront diminuées de 10% après séchage et cuisson.
Le bois dans lequel elles peuvent être fabriquées est très variable ce peut être n'importe quelle essence.
Il existe une mère pour chaque type d'objet, marmites droites, marmites rondes, casseroles, marmites basses etc.

La mère de la marmite haute.

 

La mère de la marmite haute.

La marmite haute n'a qu'une dimension à conserver, en effet, à la fabrication sa hauteur égale son diamètre de bouche. La mère des marmites hautes ne porte donc qu'une seule rangée d'encoches.


La mère de la marmite ronde.

La marmite ronde a deux dimensions à conserver, en effet, à la fabrication sa hauteur égale son diamètre de bouche, mais il faut tenir compte de son diamètre de panse. La mère des marmites rondes porte donc deux rangées d'encoches.
Certaines mères de marmites rondes peuvent, en plus, porter une rangée d'encoches sur le côté. Ces encoches, dans ce cas là, servent à conserver la hauteur de panse et donc par soustraction la hauteur du col.
Il faut se souvenir que le col de la marmite ronde, celui de la marmite à manche et celui de la daubière, sont tous différents.


La mère de la marmite ronde.

On remarque, d'un coté, les encoches indiquant la hauteur et donc le diamètre de bouche, de l'autre le diamètre de panse et au centre de la règle les encoches qui indiquent la hauteur de la panse.

 

La mère de la marmite basse.


La marmite basse a deux dimensions à conserver, en effet, à la fabrication sa hauteur et son diamètre de bouche sont différents. La mère des marmites basses porte donc deux rangées d'encoches.

La mère de la marmite basse.

Cette mère présente deux séries d'encoches, la hauteur et le diamètre de bouche.

La mère des casseroles Vallauris.

Les casseroles portent toutes les mêmes dimensions de diamètre de bouche quelle que soit leur forme mais elles n'ont pas la même hauteur. Il existe donc autant de mères que de casseroles.
Leur mère conserve deux dimensions, le diamètre de bouche et la hauteur. Ces mères portent donc deux rangées d'encoches.

La mère des casseroles Vallauris.


Il est impossible de citer toutes les mères utilisées à Vallauris mais une fois connu leur principe il est facile de les imaginer et même de les reconstituer.


Raclette ou "rasclétte".

C'est un outil de tôle de fer enroulé à une de ses extrémités pour permettre une bonne préhension. Cet outil est utilisé pour le nettoyage de la girelle pendant le tournage et le nettoyage du banc du tour, le soir, à la fin de la journée de tournage.

Fixée sur le banc, à la droite du tourneur, à l'aide de deux liteaux qui le maintiennent en place, cet outil est utilisé par le tourneur pour se nettoyer les mains de la boue au cours des opérations de tournage.


La raclette.

Estèlles *.

En Français cet outil se nomme èstèque* ce qui crée une ambiguïté car à Vallauris l'éstèque est un autre type d'outil.
Son nom d'èstèlle lui vient de ce que les premiers outils de ce genre étaient fabriqués en bois, dans une refente de tronc d'arbre. En effet, une refente de bois à Vallauris se nomme "èstèlle".
Il ne faut pas confondre le mot "èstèlle* qui signifie refente de bois avec le mot "èstélle" qui signifie étoile.
Il existe, aussi, des èstèlles fabriquées en terre, dans ce cas on les modèle avec de la terre forgée avec une batte puis on les cuit, dans le foyer du four, dans une marmite au rebut remplie de sable pour éviter les déformations.
On a fabriqué, aussi, des èstèlles en fer ou en zinc. Généralement c'est le potier lui-même qui fabrique ce type d'outil, découpé au burin et fini à la lime.
Son ancienneté est démontrée dans Les Trois Livres du Potier de Adrianno Picolpasso écrit en 1548. à la table 8, figure 32, il nous en montre quatre, toutes en bois et nous dit :
"Il faut savoir encore qu'on ne peut travailler sans èstèque (stecca) et que celles-ci sont faites de bois bien dur et lisse. elles sont grosses comme un peigne de tête (sic).

Estèlles d'après Picolpasso.

De celles-ci on ne fait que quatre sortes, l'une d'elles sert à faire les ecuèlles "impagliata", les bassins de barbiers et les plats communs, celle-ci se verra nommée A. L'autre servira pour faire les tasses, les plats à viande grands et les salières, celle-ci se verra nommée B. L'autre s'adoptera pour tous les travaux fin et celle-ci sera désignée par C. Avec l'autre on fera tous les travaux en forme de coupe, elle sera désignée par D.
Je retrouve aussi les èstèlles dans l'Encyclopédie Universelle de Diderot et Dalembert au 18ème siècle. (planche VI, fig 95, 96, 97).
Le texte nous les présente comme :
"95. Un estoc *, instrument biscuité en forme de croissant, d'environ 6 lignes d'épaisseur, percé d'un trou au milieu, avec lequel on arrondit les vases sur le tour.
96. Un estoc de bois destiné aux mêmes usages.
97. Un estoc de fer aussi employé aux mêmes usages.

Ainsi on apprend que, au 16ème siècle, les èstèlles sont fabriquées uniquement en bois (au moins au travers de ce que nous en dit

Estèlles d'après l'Encyclopédie de Diderot.

Picolpasso, mais que, au 18ème siècle elles existent en bois, terre ou métal.
Il existe une infinité d'èstèlle chaque type de forme d'objet ayant la sienne.
C'est un objet en forme de demi lune portant un trou destiné à le suspendre au mur derrière le tour.
Un de leur coté est découpé comme un calibre, il porte la forme extérieure de l'objet. Ce n'est pas cependant un calibre au sens strict du mot. La forme de l'objet qu'il porte n'est pas le profil même de l'objet dont il doit accompagner la forme, elle est plus "dilatée". Le potier s'en sert en faisant légèrement tourner l'èstèque. Avec un des bouts il accompagne, par exemple la panse, puis tournant légèrement l'outil il accompagne le col, ensuite avec le bout supérieur de l'outil il marque le bord de l'objet.

Les èstèlles sont spécialisées, c'est à dire qu'il existe des èstèlles pour les marmites droites, pour les marmites rondes, pour les casseroles, pour les terrines et pour les toupins. Le fait se complique encore quand on sait qu'il existe des èstèlles pour bien d'autres formes. Et que, même à l'intérieur des èstèlles marmites, rondes, par exemple, il existe bien des formes de traces de bords sur l'èstèlle considérée, selon le lieu, le temps, ou le tourneur, ce qui multiplie les formes de cet outil.

Une èstèlle pour marmite droite.

Une èstèlle pour marmite ronde.

Estelle pour la confection des casseroles Vallauris.


On remarque l'arrondi pour marquer la panse. Au bout la petite gorge sert à marquer une rainure en relief sous la lèvre de l'objet. Cette gorge n'est pas décorative, elle a pour but de renforcer la base de la lèvre qui sans cela se fendrait.

Estelle pour les casseroles Vallauris.

Exemple d'utilisation d'estèlles.

Ici, le potier lisse le fond d'une ébauche de marmite droite à l'aide d'une èstèlle droite.

Là, toujours à l'aide d'une èstèlle droite, le potier colle les bouts de chiffon sur un réviraïré.



A l'aide d'une èstèlle ronde* le potier affine la paroi extérieure, pendant que de sa main gauche il soutient la paroi et accompagne le mouvement de l'intérieur.


Ici, le potier finit et lisse l'extérieur de la casserole à l'aide d'une èstèlle en métal.

Certaines èstèlles portent sur l'un de leur bout une échancrure qui permet de marquer la lèvre de l'objet d'un bourrelet.

Une rotation de quelques degrés permet d'utiliser le bout de l'èstèlle qui porte une échancrure et forme sous la lèvre un cordon en relief.
Ce cordon que l'on croirait décoratif a un but plus prosaïque : renforcer la lèvre mince à cet endroit et qui sans cela risquerait de se fendre.

Estèques *

L'outil nommé èstèque* n'a pas d'équivalent en France, elle est connue, actuellement, seulement à Albissola, en Italie.
C'est une sorte de demi-bol déformé intentionnellement puis cuit avec de grandes précautions dans le four. Pour sa cuisson et, afin qu'elle conserve sans déformation, la forme qu'on lui a imposée, on la met dans une marmite entourée de sable ou de "chamotte" de manière à éviter tout choc thermique pendant la cuisson. Cette cuisson a lieu dans l'alandier du four pour que cet objet soit très cuit, donc très solide pour éviter l'usure rapide car elle est utilisée en frottement sur le terre.
Cet outil est utilisé pour la confection des objets produits en "tournage à l'endroit" essentiellement les casseroles et les terrines ou les marmites tournées à l'endroit.
Il sert à compacter la pâte du fond de ces objets pour lui donner plus de résistance au choc thermique pendant leur utilisation comme objets de cuisson.
Il sert aussi à accompagner la forme de la panse des objets par l'intérieur.
Il existe plusieurs formes d'estèques, en effet la forme et la taille des objets n'étant pas la même il est nécessaire d'avoir plusieurs èstèques.
Ces outils, aussi, sont fabriqués par le potier lui-même. Quelquefois on fait appel à un potier plus habile pour leur confection.



Estèque pour la confection des marmites basses et des casseroles parisiennes remarquer la carène "carrée".


Estèque pour la confection des casseroles Vallauris et des terrines rondes remarquer la carène "ronde".


Utilisation de l'èstèque.


L'outil compacte la terre du fond de l'objet en l'amincissant pour renforcer ses qualités de résistance au choc thermique dans l'utilisation sur feu ouvert. Le potier l'utilise le pressant fortement sur le fond ce qui en même temps supprime les traces des doigts.

L'outil légèrement déplacé permet de dessiner la forme de la panse de l'objet.

Rasclaïrés *


En Français ce mot signifie littéralement : racleur.

En Vallaurien tournaser se dit "rascla", * ce qui signifie : racler.
Ce sont des objets, en terre fabriqués, eux aussi, par le potier lui-même. Ils sont utilisés pour tournaser* les ébauches de manière à les finir.
Il existe de nombreuses formes de rasclaïré * correspondant aux diverses formes ou tailles d'objets fabriqués par le potier.

En général, ce sont des cônes ou des tubes de terre cuite portant un sommet arrondi. Pour leur utilisation le potier pose à leur sommet une balle de terre qu'il forme de manière à épouser la forme intérieure du fond de l'objet. Sur cette terre il pose un bout de tissus pour que l'objet ne colle pas à la terre. L'objet est ensuite posé, enfilé, bouche en bas, ce qui permet au potier de tournaser son fond et ses cotés.
Les objets sont outils personnels, en effet souvent ils sont marqués du nom de leur propriétaire, celui-ci est signé MAZZOTTI, un potier originaire d'Albissola (Savone, Italie) qui a travaillé à Vallauris au début de ce siècle.

Un rasclaïré et sa marque.


En résumé : ce sont des objet destinés à servir de support pour le tournasage des ébauches.
Lou rasclaïré* sert à tournaser les objets produits par la méthode du tournage à l'endroit *.


Un petit rasclaïré et un rasclaïré pour casseroles.


Ci-dessus deux formes de rasclaïrés différents. Celui de droite est utilisé pour de petits objets du genre tasses ou bols. Celui de droite pour des couvercles ou des petites casseroles.


Mise en oeuvre du rasclaïré *.



Le potier pose une balle de terre au centre de la girelle de son tour. En tapant de la paume de sa main droite il fait pénétrer la base du rasclaïré dans la galette de terre. De la paume de sa main gauche il l'étale et l'égalise en une fine galette. Il pose le rasclaïré au centre de la girelle.

En tapotant des paumes de ses deux mains le potier centre le rasclaïré

Puis il pose une balle de terre sur le sommet du rasclaïré.



A l'aide de ses deux mains il tourne la balle de terre au galbe et aux dimensions de l'intérieur de l'objet à tournaser.

Il recouvre la terre avec une chiffon. Ce chiffon a pour but d'éviter que l'intérieur de l'objet ne colle au sommet du rasclaïré.


De ses deux mains, puis à l'aide d'une èstèlle il colle soigneusement le chiffon à la terre.
Le rasclaïré est prêt à recevoir le premier objet à tournaser.

Tournazin* emmanché

Je ne connais aucun nom local pour ce genre d'outil on le nomme seulement tournazin.
Il est destiné à la finition des ébauches d'objets. C'est par son action que les objets acquièrent une surface lisse et, une paroi plus mince. Il sert aussi à tailler des gorges décoratives, en creux ou en saillie, à la surface des objets. On s'en sert aussi pour creuser les pieds des objets.
C'est essentiellement une palette de tôle de fer, pouvant porter des échancrures ou, un galbe pour dessiner la panse des objets.
Cette palette porte en son centre un trou qui permet le passage d'une soie elle même enfoncée dans un manche de bois qui permet sa tenue en main.
Il existe différentes formes de tournazins emmanchés selon la nature des objets à tournazer ou le genre de décoration qu'ils doivent y creuser.
Ce genre d'outil encore utilisé existe depuis l'époque Romaine. J'en ai personnellement identifié un trouvé dans un remplissage du 1er siècle après JC. dans la fouille du village du Montet au dessus de Grasse au cours de la campagne 1994.


Reconstitution du tournazin découvert au village du Montet.

On remarque que sa palette présente plusieurs échancrures et des faces, soit planes, soit convexes. Ces différentes parties montrent que cet outil était employé pour de nombreux usages. qu'il était en quelque sorte "universel".
La partie du haut qui est marquée d'une gorge double pouvait servir à créer des bords décoratifs. La partie du bas légèrement convexe pouvait servir à lisser des paris concaves. La partie droite à lisser des parties planes ou légèrement convexes. La partie plane avec une gorge sur un de ces côtés servait sans doute à finir des bords d'objets.
Cette découverte montre la pérennité de ce genre d'outil qui, s'il s'est conservé aussi longtemps, a été sans doute considéré, par les potiers, comme parfait.

Aussi n'est-il pas étonnant de le retrouver au 18ème siècle sous la forme suivante :


Tournazin emmanché du 18ème siècle.

Il est impossible de décrire et de montrer toutes les formes que peuvent prendre les palettes des tournazins. la forme des palettes dépend, en effet, de l'usage qui peut lui être demandé, de la forme des gorges ou bourrelets qu'il devra produire sur les objets.
Les quelques formes suivantes montrent la diversité de ces objets.



Tournazin destiné à produire des gorges rondes de diverses profondeurs.



Tournazin destiné à produire des gorges triangulaires ou, par ses cotés, à lisser des surfaces


Tournazin destiné à produire, selon le côté qui est employé, différentes moulures.


On peut ranger dans la famille des tournazins emmanchés des tournazins formé par une plaque de tôle recourbée à l'un de ses bouts et portant des encoches ou des moulures complexes. Tels les deux outils suivants :

Tournazin en une seule pièce en métal.

Le tournazin du haut est généralement destiné à rectifier le bord des assiettes produites par moulage ou par calibrage en y effaçant les bavures et en arrondissant le bord..
Celui du bas est destiné soit à creuser des gorges de section triangulaire, soit à recreuser les pieds des assiettes moulées ou calibrées. Il peut, aussi, être utilisé, en se servant de ses côtés plats, pour lisser des surfaces planes ou des panses à la courbure légère. J'ai rencontré ce genre de tournazin pendant l'étude d'un atelier de faïences du 18ème siècle à Varages (Var). Cet outil est toujours de fabrication très rustique, il peut être fabriqué par le potier lui-même.
Il peut aussi servir à la finition de plusieurs objets différents.


Quelques exemples d'utilisation du tournazin emmanché

Ici le tourneur affine l'intérieur du col d'un vase.


Là, c'est le haut de la panse qui est affinée.

Réviraïré*

La démonstration est faite en 1975, par Marcel Giraud potier de Vallauris.

Le réviraïré signifie en Français retourneur. C'est l'outil qui est utilisé pour finir les ébauches tournées à l'envers que ce soit une marmite ronde ou droite ou, au 18ème siècle une casserole. C'est un outil qui peut être fabriqué de manière fugace pour une seule série de finitions. Dans ce cas il est fabriqué en terre crue puis détruit à la fin de l'opération. Il peut, aussi, être fabriqué puis cuit, dans ce cas il est réutilisable à volonté.

Fabrication du réviraïré

Phase 1 : De sa main gauche le potier saisit une balle de terre, la jette violemment au centre de la girelle du tour. De ses deux paumes, au préalable humectées dans le soupier, posées de part et d'autre de la balle de terre il comprime la terre puis la monte en cône pour ensuite la comprimer en baissant le cône. Il recommence, rapidement, plusieurs fois cette opération qui a pour but de compacter et homogénéiser la terre et de supprimer les bulles d'air qu'elle contient. C'est à ce moment là que, si l'engobeuse a fait une boule contenant trop de terre pour l'objet, le potier s'en aperçoit et laisse l'excédent de pâte s'écouler à la commissure de son pouce et de son index.



Le potier pose la balle de pâte.

Phase 2 : Le tourneur entre ses deux pouces dans le centre de la masse de terre et écarte la pâte pour y creuser un trou. Il écarte la pâte au diamètre du fond de l'ébauche. Le potier ne laisse pas de pâte, au centre de l'ébauche, sur la girelle.


Le potier creuse la balle de pâte.

Phase 3 : Le tourneur procède comme s'il montait une paroi en pressant la pâte entre sa main droite posée à l'intérieur de celle-ci et, la main gauche posée sur l'extérieur.
Il rabaisse cette paroi pour former le corps du réviraïré. Celui-ci doit être légèrement conique à l'intérieur de manière à épouser le fond arrondi de l'ébauche.

Le tourneur monte comme une paroi d'ébauche.


Phase 4 : Le tourneur recouvre le haut du réviraïré de morceaux de tissus pour éviter que les ébauches qui y seront posées ne collent à la terre fraîche.

Pose des bouts de chiffon sur le réviraïré.

Le réviraïré permanent n'est que le même objet mis a cuire. Pour son utilisation le tourneur colle son réviraïré sur la girelle du tour à l'aide de pâte fraîche. Sur le haut de l'outil il pose de la pâte qu'il forme de manière à ce que cette pâte épouse le fond des ébauches qui y seront posées. Il recouvre cette pâte de bouts de chiffons. Et le réviraïré est prêt à être utilisé.

La calibreuse *.

Apparue, à Vallauris, pendant la deuxième moitié du siècle dernier, elle est d'abord peu différente du tour à pied. En fait il s'agit encore, à ce moment là, d'un tour à pied surmonté du bras porte calibre et, d'un bol en plâtre collé à la girelle par de la terre. C'est ce bol qui portera les moules.
Elle se compose du même bâti de bois comme pour le tour à pied. Elle est d'abord mue à la force du pied par le calibreur. Puis à partir du début de ce siècle elle est alimenté par un système de courroies et de poulies.


Schéma de principe de la calibreuse.

Un seul moteur électrique peut alimenter une batterie de calibreuses, généralement 3. Le moteur situé à un des bouts de l'atelier fait tourner un arbre situé près du plafond de grandes poulies de bois transmettent par des courroies de cuir le mouvement aux tours.

Dès ce moment la transmission du mouvement de la poulie à l'arbre se fait par l'intermédiaire d'un variateur à plateau qui, outre de permettre la mise en marche en appuyant sur une pédale, permet de faire varier la vitesse du porte-moule.
Actuellement et, depuis plusieurs dizaines d'années, comme pour les tours électriques elle est muni d'un bâti en métal et d'un moteur individuel.
La calibreuse en creux* est une machine, qui avec les moules qui l'accompagnent permet de fabriquer des pièces en creux (vases de fleurs par exemple).
Dans ce cas on place une balle de terre dans le moule. Le calibre est descendu dans le moule où il force la terre contre les parois donnant ainsi la pièce souhaitée.


Une calibreuse en creux

Schéma de principe du calibrage en creux.

 

Pendant l'étude que j'ai menée à Varages pour mon diplôme de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, j'ai remarqué un type de calibreuse archaïque qui, là, était utilisée depuis le 18ème siècle et pendant le 19ème siècle.
Il s'agissait ici d'un tour à pied sur la girelle duquel le moule était collé avec de la terre. Le calibre, en terre cuite, était tenu à la main par le calibreur.

Vue schématique de la calibreuse de Varages.

Comme on le voit ici il n'existe pas de bras pour supporter le calibre celui-ci est tenu par la main de l'ouvrier.


Position de la main de l'ouvrier.

Déjà les assiettes et les plats fabriqués à Albissola (Italie) depuis le début du 18ème siècle font penser que ce procédé a été employé pour les produire.
Certains objets fabriqués à Vallauris pendant le 19ème siècle me font penser à un procédé analogue, mais aucune preuve tangible ne me permet d'affirmer que ce procédé y ait été employé. Je ne cite ce phénomène que pour mémoire.

Le tour à corde

Le tour à corde a été utilisé à Vallauris il semble depuis longtemps, dans le cadastre de 1813-1818 est cité un "fabricant de poteries à la corde", que fabrique-t-il? on n'en sait rien. Cette mention n'a plus été répétée dans les textes.
Dans le dernier quart du 19ème siècle la fabrication de balustres à la corde est attesté au moins par la présence d'objets fabriqués par les ateliers de poteries artistiques (Massier Clément et Massier Delphin, entre autres).
Le tour à corde pour fabriquer les balustres est un outil, ou une machine, qui est scellé dans le sol et les murs de l'atelier.

Principe du tour à corde pour balustres.

C'est un tour à pied qui comprend un arbre de fer (J) terminé en bas par une pointe (L) qui repose dans une crapaudine fixée au sol (M). ce tour est entouré d'un bâti de bois fait de deux montants (A et B) placés des deux cotés de la girelle. Le bâti est surmonté d'un bois qui relie par leur sommet les deux montants (C). Cette traverse porte un collier circulaire fixé par des vis (E). La girelle (D) est percée en son centre d'un trou carré. Dans ces trous on enfile un manchon de bois rond qui se termine au bas par un carré qui s'emmanche dans le trou que porte la girelle.
Sur l'un des cotés du tour se trouvent deux bois percés de trous (G). Sur ces bois se fixe un calibre de bois représentant le profil extérieur de la balustre (H).
Pour la préparation du tournage, le tourneur pose sur la girelle un rondeau de bois percé en son centre d'un trou carré qui permet le passage du coté carré du mandrin (I).
Ensuite il enroule un premier tour de corde autour du mandrin de bois. Cette corde servira à libérer le mandrin une fois la balustre tournée et déposée du tour.
Autour de cette première corde le tourneur enroule de la corde jusqu'à ce que le profil intérieur de la balustre soit tracé. Il
prend soin de laisser un espace entre le calibre et la corde, c'est cet espace qui délimitera le corps de la balustre.


Principe du tour à balustres.

Sur cette corde il plaque de la terre tout en faisant, de son pied, tourner lentement le tour. Lorsque l'épaisseur de terre est suffisante elle est écrêtée par le calibre délimitant ainsi l'objet, un coup d'éponge et l'objet est fabriqué.
Le tourneur dégage alors le mandrin du collier supérieur ce qui lui permet de déposer l'ensemble rondeau-balustre du tour. Il le pose au sol dans l'atelier puis retire le premier tour de corde ce qui permet de récupérer le mandrin pour tourner la balustre suivante.
La reste de corde est toujours dans la balustre jusqu'à ce que le séchage de la pâte lui permette de tenir debout sans cette aide.
Sitôt après avoir retiré le mandrin de la balustre le tourneur peut tourner la balustre suivante.
Lorsque la balustre est suffisamment sèche le tourneur, ou son aide, retire la corde et à l'aide d'un couteau coupe l'excès de terre à l'intérieur en haut en bas de la balustre pour l'alléger.
La balustre est mise au séchage qui peut durer plusieurs jours. Elle est ensuite cuite.
Ce procédé est assez simple, beaucoup plus simple que le tournage à la main. Il permet d'employer une main d'oeuvre beaucoup moins spécialisée.
L'apprentissage est très rapide et en quelques jours seulement un ouvrier peut être formé.

Le tour à cordes pour d'autres objets.

A Vallauris, depuis au moins la fin du siècle dernier on a utilisé le tour à corde pour faire des objets autres que les balustres.


Tournage d'une petite jarre à la corde.

Ces deux photos illustrent le tournage de petites jarres fabriquées au tour à corde à Vallauris en 1945.
Pour ce genre de tournage le tourneur enroule un tour de corde autour du mandrin. Autour de cette corde il place des membrures qui donnent la forme intérieure de l'objet à réaliser. Autour de ces membrures il enroule une corde sur laquelle il plaque la terre à pleines poignées.
Là aussi c'est le calibre qui délimite la forme extérieure de l'objet. L'objet est enlevé du tour sur son rondeau, le premier tour de corde enlevé permet de récupérer le mandrin pour le tournage d'un autre objet.

Les outils employés par .

L'engobeuse (celle qui pose l'engobe) est nommée rébéllissière* à Vallauris ce qui signifie "embellisseuse". Son rôle est de finir le travail du tourneur, de le "soigner" dit-on à Vallauris. Elle prépare les balles de terre, sort au séchage les objets, et les surveille. C'est elle qui pose les engobes et la glaçure.

En Français poteaux.
Les lattes sont des troncs de pins de quelques dix à douze centimètres de diamètre et de trois à quatre mètres de longueur. Elles sont utilisées pour rehausser un des bouts des planches chargées d'objets, pendant le séchage sur l'aire de l'atelier, pour que les fonds des objets soient le plus perpendiculaires au rayons du soleil.

En Français souche d'arbre.
Les sépoun sont des morceaux de gros troncs de pin de 25 à 30 centimètres de diamètre et de quelques 30 à 40 centimètres de longueur. Ils sont utilisés pour rehausser les lattes, soit posés sur chan soit debout pour accentuer l'inclinaison des planches et suivre la hauteur du soleil selon la saison.


On remarque, contre le mur, les lattes et au dessus les sépoun. Ici des ébauches de marmites rondes subissent le premier raffermissement avant le réviragé. La planche qui est posée de chan devant les ébauches évite aux parois directement exposées au soleil de sécher plus que les autres.

ou .


La batte est un outil en bois, généralement de pin. Il s'agit d'une palette ronde portant un manche. Cette palette est taillée d'une seule pièce dans une planche de pin de 1,5 centimètres d'épaisseur.

Son rôle est de rendre plus plat le fond des objets tournés à l'envers *. On peut dater l'apparition de cet outil autour des années 1850. En effet avec l'apparition des poêles et des cuisinières il est indispensable que le fond des objets soit le plus plat possible pour pouvoir être posé sur une surface plane.

Une batte.


C'est l'engobeuse qui utilise la batte. Avant de rentrer les ébauches pour le révirage, l'engobeuse bat le fond des objets avec la batte. Elle procède en un mouvement tournant partant des bords du fond de l'objet vers son centre, forçant lentement ce fond à devenir le plus plat possible sans rupture.


Utilisation de la batte.

.

Pour le travail de pose de la glaçure et des engobes l'engobeuse dispose d'outils et notamment de conques de plusieurs tailles. Celle qui est représentée (photo) sert à contenir la glaçure.
C'est un objet conique de terre cuite glaçuré à l'intérieur. Il porte un bord triangulaire qui le fait ressembler à un tian, mais son fond est plus étroit que celui du tian.
Il est haut de 30 cm environ et de 40 cm environ de diamètre de bouche. Cet objet est muni de deux à quatre anses posées horizontalement sur le bord et décorées, souvent, de traces de doigts.
Si cet objet est muni, parfois, de quatre anses c'est parceque la glaçure contenant du plomb est lourde et, lorsque la conque est pleine il est quelquefois indispensable d'être à deux pour la porter.
Cet objet n'est jamais commercialisé. Il est fabriqué par les potiers pour les engobeuses, c'est donc réellement un outil.



Une conque de rébéllissière.

Il existe plusieurs tailles de conques notamment pour les engobes du "jaspé" qui demandent l'utilisation d'engobes de plusieurs couleurs mais en faibles quantités et qui sont donc plus petites.
L'engobeuse se sert de sa conque aussi bien à l'extérieur, sur l'aire, qu'à l'intérieur dans le plancher.

Engobeuse au travail, on remarque la conque à ses pieds.


.

En Français : écuelle


Il existe deux sortes d'objets pour passer la glaçure et l'engobe. L'un, en terre, est réellement l'èscudélon. L'autre, en métal, sert au même usage mais j'ignore s'il porte un nom différent.


L' est un objet de terre cuite et non glaçuré. Il est, en général, en forme de calotte sphérique, haut de quatre à cinq centimètres et de 7 à 12 centimètres de diamètre.
Tenu à la main par L'engobeuse il sert à projeter l'engobe ou la glaçure contre les parois de l'objet.

 


Un escudélon en terre.



La marque de nombre est destinée à indiquer le nombre ( la taille) de l'objet qui la porte.
Il consiste en un chiffre de 2 à 40 imprimé dans la pâte encore fraîche de l'objet.
Comme pour les marques, il est, dans un premier temps fabriqué en terre cuite, il est devenu depuis la fin 19ème siècle un tampon en bronze. Il est muni, dans ce cas là, d'un manche de bois ou d'os.
L'engobeuse, après avoir ansé les objets et avant de les engober et de les glaçurer, l'imprime, en général, sur le haut de la panse de l'objet. Mais quelquefois ce nombre peut être imprimé aussi bien au plein milieu d'une paroi que sur le fond de l'objet.


Marques de nombre

Cette marque a été faite à l'aide d'un tampon rond en bronze.

Nombre 13 sur une marmite droite.

Cette marque a été faite avec un tampon de terre.

Nombre 14 sur une casserole Parisienne.


Rondeaux* ou Roulèou *

Nommés à Vallauris rouléous *.
Ce sont des objets de terre cuite. Ils sont fabriqués par les potiers eux-mêmes pour la fabrique, en effet ce ne sont pas des outils personnels, ils appartiennent à la fabrique.

Ce sont des cônes courts, évidés au centre, à parois très peu inclinées.
Leur rôle est de garder la bouche des objets bien ronde pour que les couvercles qui y seront posés s'encastrent bien.

L'objet est posé sur le sommet du roulèou, bouche en bas, la pente du dessus permet à l'objet au séchage de s'élever en même temps que le retrait dû au séchage s'opère.
C'est l'engobeuse* qui les utilise, sur le plancher, pour finir le séchage des objets avant qu'ils ne soient enfournés.

Marmite au séchage sur un roulèou.

Les objets attendent, sur leurs roulèous *, d'être parfaitement secs. Ensuite ils sont empilés, les uns sur les autres le long des murs du plancher.
C'est l'aide de l'enfourneur, le porgeaïré * qui viendra les chercher pour les présenter à l'enfourneur qui les rangera dans le four pour y être cuits.

Roulette à raviolis


Au début de ce siècle les engobeuses n'ont plus le temps de poser des cordons digités entre les anses des grosses marmites, mais elles veulent quand même combler ce vide. Pour faire un décor expéditif elles utilisent une roulette à couper les raviolis.

La roulette à raviolis.

Cet objet laisse une trace en zigzag sur la panse de la marmite.

Les cordons digités.


Tire-filet

C'est un outil en tôle de fer destiné à extruder des anses. Il est utilisé comme une filière à main. Il porte à l'une de ses extrémités, ou aux deux, un trou de la forme de la section de l'anse qu'il doit produire.
C'est un moyen expéditif pour faire fabriquer des anses par un ouvrier inexpérimenté.
A Vallauris il n'est utilisé que depuis la seconde moitié du 19ème siècle.

Les tire filets au mur de l'atelier.

Sur l'image on remarque une grande variété de sections de tire filets, chacune correspond à une forme différente. Ces formes peuvent varier à l'infini et ne sont limitées que par l'imagination des potiers.
L'utilisation en est simple, le potier plonge le bout du tire filet dans un pain de pâte et tire vers lui, sous la pression le pâte s'extrude par l'ouverture et devient boudin de la forme de l'ouverture.
Le boudin peut ensuite être torsadé pour faire, par exemple, des anses torsadées.
Le tire filet a beaucoup été employé pour la fabrication d'anses, mais aussi pour la fabrication de poteries en vanneries de terre : paniers, coupes etc.

Les Barolets *

Les barolets sont des sortes de petites bouteilles en terre fabriquées par tournage à l'atelier même. Ces objets portent sur un des cotés, ou sur le dessus, un trou par lequel on peut introduire l'engobe blanc ou coloré.
A une des extrémités se situe un autre trou rond dans lequel on engage une plume d'oie par lequel l'engobe s'écoule.
Le trou supérieur peut être bouché avec le gras du pouce pour interrompre l'écoulement d'engobe.


Un ensemble de barolets.


Pose d'un décor d'engobe au barolet.

Pour ce qui concerne les productions de Vallauris de nombreux objets des 17ème et 18ème siècles montrent l'utilisation de cet outil, ce sont essentiellement des plats, des assiettes ou des bols. Il semble que cette technique, à partir du 19ème siècle, ait été abandonnée au profit de techniques plus expéditives et que l'entonnoir, puis la poire, au 20ème siècle, aient remplacé définitivement le barolet.


Les outils de l'èstéllaïré* (fendeur de bois).

L'estélaïré est un ouvrier itinérant, il va de fabrique en fabrique avec ses propres outils. Ses outils sont peu nombreux mais ils lui sont indispensables pour remplir sa tâche.

 

La masse de l'èstéllaïré *.

C'est un outil rustique fabriqué presque totalement en bois. La tête de la masse est fabriquée dans une section de tronc de chêne. Elle est renforcée à ses deux extrémités par deux cercles de fer forgé.
Son manche est généralement choisi dans un bois sans échardes : cormier, cerisier, ou autre fruitier.


Masse d'èstéllaïré.


La picosse * (la grande hache).

C'est une grande hache, forgée par le forgeron local, elle aussi est emmanché avec un manche fabriqué dans un bois sans échardes.

Lou picoussin * (la petite hache).

Son nom est le diminutif du précédent, c'est une petite hache qui peut être manoeuvrée d'une seule main. Elle est utilisée pour couper les esquilles qui relient encore les deux èstèlles après que le coin ait fait éclater le billot de bois de pin.

Li cougnets de ferré* (les coins de fer).

Ce sont des coins triangulaires en fer fabriqués par le forgeron local. leur rôle est de faire éclater le billot de bois de pin.

Le travail de l'èstèllaïré.

Le travail de l'èstéllaïré se passe sur l'aire devant la fabrique. Il pose un billot de bois au sol. Sur ce billot il pose perpendiculairement le billot à fendre.
A l'aide de la picosse il amorce une fente dans laquelle il glisse un coin de fer. A l'aide de sa masse il fait pénétrer le coin de fer dans le billot. S'il est nécessaire il pose, plus loin un autre coin de fer.
La pénétration des coins de fer fait éclater le billot, les esquilles qui relient encore les deux èstèlles (bûches) sont coupées à l'aide du picoussin.

Outils de l'arracheur de terre

Celui qui extrait la terre est nommé à Vallauris dérabaïré* ce qui, en Français, signifie arracheur. Nom imagé qui montre bien le travail qu'il effectue.

L'estampin*

C'est l'outil de base de l'arracheur de terre. Cet outil consiste en une sorte de sape en fer forgé à lame très longue.



L'estampin vu de dessus

Sa lame est très fine et longue, sa courbure est adaptée pour tailler dans une masse semi-dure formant un mur vertical.

L'estampin vu de coté.


Comme tous les outils utilisés à Vallauris l'estampin est produit par les forgerons locaux, du village même. Comme le montre le détail de l'oeil où va se loger le manche.



Détail de l'oeil.

Agricola, au 16ème siècle, nous propose la représentation d'un estampin. On s'aperçoit que cet outil a peu changé au cours du temps.

 



Estampin d'après Agricola.


Couffin ou gouarbe*

C'est l'instrument qui sert à remonter la terre du fond des puits jusqu'à la surface. A Vallauris on le nomme gourbin ou gouarbe *. C'est une forte corbeille en fines lattes de châtaignier muni de deux anses renforcées par des ligatures en osier. A l'utilisation les deux anses sont réunies par une forte corde, laquelle sera pendue au crochet qui termine la corde qui pend du treuil.

Le couffin.

Treuil

L'axe de cet engin n'est, en fait souvent, qu'un simple tronc de pin monté sur deux tréteaux fabriqués, eux même, avec des branches sur lesquels il tourne librement. De chaque coté deux manivelles permettent de le mettre en mouvement. La corde s'enroule sur le tronc et permet de remonter à la surface les gourbins. Certains modèles possèdent deux cordes. L'une s'enroule, remontant le gourbin plein d'argile, l'autre se déroule descendant le gourbin vide. Ce procédé accélère le travail.

Quelque fois l'axe est d'une fabrication plus élaborée. Dans ce cas les côtés sont constitués par deux flasques de bois lesquelles sont reliées par de fortes planches.

Un treuil de mine d'après Agricola.

Bien que ce dessin date du 16ème siècle, les treuils utilisés à Vallauris par les arracheurs de terre jusqu'au début de ce siècle sont beaucoup moins évolués.

Cet autre dessin, toujours d'après Agricola, se rapproche plus de la réalité Vallaurienne.


Un autre treuil, par Agricola


Procédés pour "tirer les lastres" *.

L'action de "tirer les lastres" à Vallauris signifie faire une galette de terre destinée au moulage. Il existe plusieurs procédés pour parvenir à ce résultat :

La batte*.

Du plus rustique au plus moderne il existe depuis bien longtemps, plusieurs procédés pour obtenir des galettes de terre pour le moulage.
Le procédé le plus rustique consiste en une batte en plâtre avec laquelle on bat à coups répétés la terre en rond pour obtenir une galette.
Ce procédé présente un avantage c'est de littéralement "forger" la pâte et, partant,
donner une plus grande résistance mécanique à l'objet une fois cuit.
On employait ce procédé à Varages et à Moustier déjà au 18ème siècle.

Une batte de plâtre.

Le rouleau *.


Il s'agit littéralement d'un rouleau à pâtisserie ou à pâtes. On s'en sert soit seul, sans réglettes, et dans ce cas l'épaisseur dépend de l'habileté de l'ouvrier. On peut s'en servir aussi avec deux réglettes de bois qui donneront l'épaisseur de la galette.

Le rouleau

Les réglettes et le fil.

Dans ce cas on fait en battant la pâte un pain de terre de la forme désirée. Ce pain est posé entre deux rangées de réglettes superposées. On coupe ensuite la galette en faisant glisser un fil sur la plus haute des réglettes obtenant ainsi une galette d'épaisseur constante. On enlève les deux réglettes et on recommence jusqu'à épuisement de la pâte.

 


Les réglettes et le fil.

 

Le "tire-lastre"


C'est ainsi que l'on nomme cet appareil à Vallauris, bien qu'il existe ailleurs et qu'il ne soit sûrement pas originaire de ce pays..
Dans ce cas on fait en battant la pâte, un pain de la forme désirée. Le cadre porte des encoches régulièrement espacées sur sa partie verticale, ces encoches sont destinées à recevoir le fil qui servira à couper la pâte à une épaisseur régulière. On se sert de cet appareil en le faisant glisser sur une table que l'on a préalablement saupoudrée de sable fin qui facilite le glissement de l'appareil sur la table.



Les machines actuelles.


Machine actuelle à galettes.

Actuellement le procédé est plus automatisé. Il s'agit d'une table sur laquelle on pose une ébauche de galette grossièrement aplatie à la main. Une manivelle agit sur un rouleau caoutchouté qui écrase la pâte pour en faire une galette de l'épaisseur désirée. Le réglage de l'épaisseur s'obtient en superposant des plaques de contre-plaqué sur la table de manière à ne laisser entre la plaque supérieure et le rouleau juste l'épaisseur de la galette désirée. Un réglage plus fin s'effectue ensuite grâce aux deux vis qui permettent de faire monter ou descendre le rouleau.

Les outils qu'utilise l'enfourneur.

Les tuiles (téoulé) *.

Les téoulés * sont des objets en forme de tuiles de un mètre de longueur et de trente cinq centimètres de largeur. Ces objets sont utilisés pour l'enfournement des produits dans le bas du four.
Ils sont fabriqués à l'atelier même avec une terre chamottée avec débris de poterie réduits en poudre. Leur fabrication rappelle celle des tuiles de toiture en plus grand. Dans un premier temps une galette est moulée dans un moule de bois, cette galette est posée sur une objet en bois qui donnera à la tuile sa forme. une fois sec l'objet est cuit et prêt à l'emploi.

Tuiles dans l'enfournement.

Les gazelles *.

Les gazelles* sont des objets en forme de tuiles de un mètre de longueur et de trente cinq centimètres de largeur. Ces objets sont utilisés pour l'enfournement des produits dans le haut du four.
Ils sont fabriqués à l'atelier même avec une terre chamottée avec débris de poterie réduits en poudre. Leur fabrication rappelle celle des tuiles de toiture en plus grand. Dans un premier temps une galette est moulée dans un moule de bois, cette galette est posée sur une objet en bois qui donnera à la tuile sa forme. après un demi séchage on perce des trous triangulaires dans l'objet, ces trous permettront le passage des "clavèous" (pernettes) qui supporteront les produits à cuire. Une fois sec l'objet est cuit et prêt à l'emploi.

Gazelles dans l'enfournement, on remarque les pernettes. (au centre de la photo, gazelle et ses pernettes)

Les malons *.


Les "malons"* sont des sortes de grandes briques moulées dans un cadre de bois. Elles sont fabriquées avec une terre chamottée avec des débris de poterie réduits en poudre. Leur fabrication rappelle celle des briques. Elles mesurent 50 cm de longueur, 40 cm de largeur et 5 cm d'épaisseur.
A l'utilisation on les pose sur les téoulé de manière à créer sur celles-ci un sol plat sur lequel on pourra continuer le haut de l'enfournement à l'aide des gazelles. On les utilise aussi posées au sommet des gazelles afin de pouvoir enfourner dans le haut du four, sous la voûte, d'autres produits.

Malons dans l'enfournement. On remarque qu'ils sont posés sur les téoulés.


Les pernettes *.


Pernettes triangulaires.

Ce sont des baguettes triangulaires de terre cuite. A l'origine elles étaient fabriquées manuellement à l'aide d'un tire filet. Actuellement elles sont produites de manière plus rapide à l'aide d'une filière. A l'utilisation leur rôle est de séparer le pied glaçuré des objets afin qu'il ne colle pas au support sur lequel ils sont posés.

Les pattes de coq *.

Patte de coq.



Les pattes de coq* ont le même rôle que les pernettes, séparer les objets du support, leur fabrication est un peu plus compliquée. Les pattes de coq qui doivent leur nom à leur forme, sont produites par moulage dans un moule bivalve. Actuellement elles sont produites à la presse hydraulique.

Colonnettes*

Les colonnettes* sont des cylindres de terre cuite de diverses longueurs. Ils étaient en général tournés, pleins ou creux selon la charge qu'ils devaient supporter. Leur rôle est de séparer les plaques de cuisson (malons à Vallauris) sur lesquelles les pièces étaient rangées.


Vue schématique de l'utilisation des colonnettes.

On remarque les objets bien séparés pour éviter que la glaçure ne colle les objets entre eux au cours de la cuisson.
On remarque aussi les différentes hauteurs de colonnettes selon la grandeur des objets enfournés.


Un enfournement avec plaques et colonnettes.

Cazettes*

Les cazettes sont des sortes de caisses en terre cuite destinées à protéger les produits de l'action directe des flammes dans le four.
En général ce sont des cylindres de terre portant des rangées de trous triangulaires par lesquels passent des pernettes triangulaires sur lesquelles viennent s'appuyer le bord des objets qui y sont "encastés". Ces objets portent aussi deux larges échancrures qui permettent à l'enfourneur de passer ses doigts pour poser les produits à l'intérieur de la cazette.
En Français le fait de garnir une cazette de produits s'appelle "l'encastage" *.

Les cazettes, pour Vallauris, sont produites à l'atelier même par les potiers.



Cazette et son mode de chargement.

Ce genre d'objet est destiné à protéger de l'action de la flamme directe les objets supportant des glaçures aux couleurs fragiles ou, des objets dont on veut garder la glaçure limpide, sans carbone dissous.


A l'intérieur du four les cazettes sont simplement empilées les unes sur les autres. A Vallauris les cazettes sont mélangées aux autres produits.


A Vallauris existe aussi des cazettes peu hautes qui sont de simples cylindres de terre percés aux deux côtés, sans trous pour le passage des pernettes puisqu'on y enfourne qu'un seul objet. Ces cazettes, elles aussi, sont empilées à l'intérieur du four.

Enfournement de cazettes.

Hache dè Porjaïré *


Le porgeaïré* est l'aide de l'enfourneur, son nom signifie en Français : purgeur. Son rôle est d'aider l'enfourneur, il lui présente les objets à cuire ainsi que le matériel servant à l'enfournement. Il aide aussi l'enfourneur pendant la cuisson des produits. La hache de porgeaïré* ressemble, en fait, à un tranchet de boucher. Elle est fabriquée en fer forgé. Tout l'outil est fabriqué d'une seule pièce, même le manche est en fer forgé.

Hache de porgeaïré *.

Son nom de purgeur lui vient d'une partie de son travail, en effet après le défournement, à l'aide de sa hache, il sectionne d'un coup sec les pernettes qui restent collées aux objets.
Son rôle est aussi de nombrer les objets cuits, c'est à dire qu'il range, sous le hangar, les objets par différence de taille.

Le porgeaïré au travail

Les outils du batteur de terre.

Ce genre d'outils existent encore, j'en ai vu dans des collections, j'y ai vu aussi des photos représentant le batteur de terre et son aide. Les collectionneurs étant ce qu'ils sont il préfèrent laisser dormir leurs objets ou leurs photos plutôt que quelqu'un les publient. Ce qui est sûr c'est qu'eux ne les publieront jamais.

la masse de bois.

La masse de bois du batteur de terre est attestée par les textes, les inventaires avant location les citent :
Le 20 août 17671 , Jacques Terrin maître potier à terre loue à Jean Joseph Gimbert une fabrique qui contient .............Deux masses à battre la terre..........
En 18502 , Marie Jourdan loue Mathieu Terrin aîné, potier à terre, une fabrique de poterie qui contient :...........Deux masses en bois pour la terre...........etc.
Les mentions sont si fréquentes qu'il serait vain de vouloir les citer toutes.
Ces masses en bois, sont composées d'une tête en forme de galette circulaire garnie de dents taillées dans la masse. Du centre de la galette, du côté opposé aux dents, part un manche de bois flexible.
Le batteur de terre s'en sert comme d'une dame pour pulvériser la terre sur l'aire avant de la rentrer sous le hangar.


Les tamis.

Il en est même pour les cribles qui, même s'il existent sont invisibles pour étude. les textes viennent à notre secours encore une fois.
Le 12 thermidor an 2 de la république , inventaire du mobilier laissé par feu Nicolas Jourdan maître potier à terre...........Un crible et un tamis pour passer la terre dont l'un en mauvais état....................
Le 20 août 20671 , Jacques Terrin maître potier à terre loue à Jean Joseph Gimbert une fabrique qui contient .............trois cribles..........
D'après ces descriptions on se rend compte qu'il existe deux sortes de cribles pour tamiser la terre : l'un à grandes mailles pour passer la poussière de terre qui vient d'être battue à la masse. l'autre plus fin pour tamiser la boue qui sort du bassin.


Le trueuï* (le bassin).

Lou trueuï est un bassin de maçonnerie dont plus aucun n'existe à l'heure actuelle. Je me souviens en avoir vu étant enfant dans l'usine de Terrin Gazan où travaillaient mon père et ma mère.
C'est un bassin de 1 mètre par 1 mètre et 1 mètre de profondeur dans lequel le batteur de terre après l'avoir rempli à moitié d'eau verse le refus qui reste sur le gros crible lorsqu'il tamise la terre qu'il vient de battre à la masse de bois.